De ne trouver que ce que l’on cherche

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Le premier document sur lequel j’ai travaillé, il y a quatre ans de cela, était une compilation de textes relatifs à la légende Arthurienne. Je voulais repérer et compiler, à l’intérieur de l’ouvrage, les éléments relatifs aux gestes&techniques de combat. Tout en conservant le recul nécessaire vis-à vis du contexte d’écriture du document. Les auteurs n’étant ni maîtres d’escrime, ni, sans doute pratiquants de disciplines de combat et n’ayant possiblement jamais assistés à un tournoi.

J’ai donc commencé à surligner, compiler et je me suis rapidement rendu compte, que je sélectionnais uniquement les éléments décrivant des gestes complexes et négligeait les passages d’affrontement violent décrivant des combats de chiffonniers, frappant à tort et à travers. Ces éléments, pour moi, n’étant pas des gestes techniques, ce n’était que de la bagarre. Je justifiais cela volontiers, par la méconnaissance du combat de la part des auteurs ou bien, voyant là dedans un procédé littéraire de sur-valorisations des Héros, leur donnant une force, une énergie et une résistance aux coups bien au-delà de ce qu’une personne ordinaire peut supporter.

Et si ces grands coups d’épées, assénés avec violence sur le casque adverse reflétaient une réalité historique? N’étais-je pas en train de sur-embellir la réalité des faits, ne sélectionnant que les éléments qui allaient dans mon sens? Ne pensant et ne souhaitant les Arts Martiaux historiques, que subtiles et complexes.

C’est ici, donc, que l’on entre dans le coeur de problème. C’était un biais de méthode.

Un scientifique ne part pas de la conclusion qu’il souhaite obtenir pour sélectionner ses résultats. Ou ne met pas en place son protocole, ses expériences en fonction des résultats qu’il souhaite obtenir à l’avance. Sur une série de cent expériences réalisés, l’on ne conserve pas que celles correspondantes au modèle que l’on veut démontrer. La démarche correct serait d’analyser l’ensemble des éléments relatifs au combat, présents dans le même corpus documentaire, puis de les analyser en ayant le recule nécessaire et en rejetant autant que possible ses idées préconçus.

Mais, je veux bien avouer qu’il est difficile de se séparer d’un avis ou d’une opinion que l’on aurait par avance. Même pourquoi pas, d’une intuition vis-à-vis des conclusions que l’on va obtenir. Alors, si l’on veut être correct dans sa démarche et vérifier que l’on ne s’est pas trompé soi-même, l’on peut chercher à infirmer cette conclusion que l’on souhaite tant. L’on va devoir chercher et compiler, ici pour le combat, les éléments qui ne vont pas dans le sens des documents premièrement sélectionnés. Et si en cherchant ardemment des éléments capables de nous contredire nous ne parvenons pas à en trouver, ou qu’il ne ressort de ces compilations documentaires, rien de concluant, nous pouvons affirmer avec plus de force que notre proposition de base était juste. Chercher à la contredire ne l’aura pas affaiblie, mais au contraire, l’aura renforcée.

Et si jamais l’on trouvait, dans ce nouvel ensemble, des éléments de poids contredisant notre supposition de base, soit la balance est équilibrée, et n’étant sûre à présent d’aucune des deux, nous devrions continuer à chercher, ou bien livrer les faits tels qu’ils sont: Actuellement il y a plusieurs propositions plausibles. C’est là que d’autres chercheurs peuvent intervenir, ou refaire la démarche de leurs côtés pour comparer leurs résultats aux vôtres. Et si jamais nous découvrions qu’à la base nous avions tort, nous devrions être heureux d’être à présent plus éclairé qu’hier. L’on sait bien que toute vérité n’est pas bonne, mais la science cherche la vérité et non le plaisir ou l’entretiens des certitudes.

Posons nous la question, n’étons-nous pas régulièrement biaisé dans nos recherches? En effet, lors d’une traduction, ne choisit-on pas avec précisions, certains mots, uniquement parce que l’on se fait déjà une idée de l’action qui est décrite. Ne tape t-on pas dans nos barres de recherches, que des termes et formules qui vont dans le sens de ce que l’on souhaite trouver? Qui tape  “Duels violents” ou “affrontement brutal” lors ce qu’il recherche des techniques de combat?

  Quant aux AMHE, pratique t-on les arts issus des sources, en allant de la source à la pratique, ou bien est-on un groupe qui souhaite au départ trouver et sortir de terre une discipline d’opposition moderne compétitive, ou du moins permettant de jouer avec ses amis, allant de la pratique aux sources? N’écarte t-on pas les sources et détails qui vont à l’encontre de la vision du sport que l’on souhaite obtenir?

Pour une bonne démarche – Un peu de méthode:

  1. Compiler l’ensemble des documents ou termes, sans aprioris.
  2. Analyser cet ensemble documentaire.
  3. Chercher des éléments qui contredirait cette première analyse.
  4. Conclure enfin
  5. Permettre à d’autres chercheurs de faire la même démarche ou de contredire cette conclusion en leur livrant l’ensemble des faits, même ceux qui n’iraient pas dans le sens de notre conclusion.